Partenariats Publics-Privés : limites pour la construction de stades

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8 Déc, 2021

Historiquement, les grandes enceintes sportives construites au 20ème siècle étaient financées et exploitées par des organismes publics, le plus souvent des villes. Depuis 15 ans, de nouvelles formes de montages financiers ont vu le jour, sous la forme de Partenariats Publics-Privés (PPP) avec des facteurs de succès quant à leur auto-viabilité financière comportant plusieurs incertitudes.

Le Partenariat Public-Privé (PPP) est une méthode de financement créée par ordonnance en 2004 et qui prévoit l’apport commun de financements privés et publics pour la construction d’infrastructures. Les PPP s’accompagnent généralement d’un contrat d’exploitation pour la société privée ayant porté le financement pour une durée déterminée, avant que l’équipement ne revienne en pleine propriété à l’entité publique. (voir notre article d’actualité apportant un éclairage précis sur ce qu’est un PPP.)

Le poids des PPP dans les enceintes sportives en France

Pour assumer la diffusion du sport et l’accueil massif de spectateurs, de nombreuses enceintes sportives ont été construites au 20ème siècle. Ces équipements sont majoritairement financés et gérés par les pouvoirs publics locaux. Ces derniers ont la charge des investissements sur le maintien des bâtiments, ainsi que sur les grands projets d’extensions et réhabilitation de leurs équipements. Ils ont également la charge de la relation avec les usagers principaux de ces équipements (clubs sportifs, etc.).

En France, le premier PPP pour la construction d’une enceinte sportive a vu le jour en 2011 pour la construction de la MMA Arena (stade accueillant Le Mans Football Club). D’autres équipements ont vu le jour sous cette méthode de financement, notamment pour accueillir les matchs de grandes compétitions internationales (Euro 2016 de Football, Championnats du monde de Handball 2017, etc.). En football, sur les 20 clubs actuels de l’élite, 4 enceintes ont été construites ou rénovées via le recours à des PPP (Allianz Riviera à Nice, stade Pierre Mauroy à Lille, Matmut Atlantique à Bordeaux et le stade Orange Vélodrome à Marseille), concédant l’exploitation de ces infrastructures pour des périodes allant de 27 à 30 ans. 14 stades sont en propriétés des collectivités territoriales (avec versement d’un loyer par le club résident) et 2 clubs sont propriétaires de leur stade (FC Metz et Olympique Lyonnais).

Les facteurs d’influence du business plan des PPP

Si les PPP permettent effectivement de construire des enceintes sportives plus rapidement, mobilisant un ticket d’entrée de financement public relativement faible, il convient de s’intéresser aux différents facteurs pouvant influer sur la viabilité financière de ces partenariats. Le principal est lié à l’affluence, conditionnant les recettes générées par la billetterie et les autres services proposés. Cette affluence dépend de l’attractivité et des résultats sportifs du résident principal. Or, il est bien difficile d’estimer objectivement, sur une période de 30 ans, quels seront les résultats d’une équipe professionnelle. Cette forte dépendance et les incertitudes induites peuvent être réduites grâce à des enceintes modulables, permettant d’accueillir ponctuellement d’autres évènements (sportifs ou culturels) que l’usage principal envisagé. C’est le cas notamment du Stade Pierre Mauroy qui a accueilli la finale de la Coupe Davis de tennis en 2014 ou encore plusieurs concerts chaque année. La modularité permet donc de diversifier les évènements accueillis, et de réduire l’impact d’une éventuelle baisse de fréquentation liée à la perte d’attractivité du résident principal.

L’affluence est également dépendante de la concurrence géographique en matière d’offre de divertissement, ou encore du niveau de service proposé, tant en termes de qualité d’accueil du public (« fan experience ») que de l’accessibilité au site.

L’impact de la fluctuation de l’affluence sur les redevances

La viabilité financière des PPP et les business plans sont majoritairement fondés sur des hypothèses de fréquentation et de dépenses que les usagers seraient potentiellement prêts à consentir pour assister à l’évènement sportif. Plus la fréquentation sera élevée, plus les recettes seront importantes, plus le projet sera rentable pour l’ensemble des acteurs.

Or, le retour d’expérience des projets de PPP dans les stades de football qui ont vu les jour entre 2010 et 2015 montrent que les hypothèses de fréquentation sont globalement surestimées avec un taux de remplissage moyen allant de 50% à 70% (chiffres saison 2018-2019). Les programmes de construction ou d’extension des stades via des PPP prévoient souvent des capacités d’accueil supérieures aux enceintes construites selon les autres modes de construction. En effet, toujours pour les clubs résidents en L1, la capacité d’accueil moyenne des enceintes sportives construites en PPP est de 48 750 places, contre 27 071 pour les autres stades. Les capacités des nouveaux équipements sont également bien supérieures à celle des stades qu’ils remplacent (+90% en moyenne).

Ces chiffres traduisent une forme de « dumping » qu’ont pu mettre en œuvre les concepteurs du projet. Les hypothèses optimistes qu’ils ont prises ont validé la construction d’enceintes plus grandes, plus chères à la construction, mais dont les recettes supplémentaires générées augmenteraient la rentabilité du projet. Ces grands projets ont été validés par les élus locaux car portant une résonnance et un rayonnement politique fort.

Les collectivités territoriales : garant de la viabilité financière des PPP dans les stades

« Les stades de foot construits en PPP sont déficitaires » Jérémy Moulard, chercheur en management du sport à l’université de Lausanne (Suisse).

Si elle permet un apport de fonds privés souvent décisif dans la prise de décision, la construction de ces enceintes sportives via un PPP est également marquée par des surcoûts importants (+25% à +45%) et supérieurs aux projets impliquant directement le club résident. Couplé aux montants élevés des redevances versées au constructeur, il est aujourd’hui considéré qu’une collectivité finance entre 55% et 85% du prix total de l’équipement. Coût qui pourrait être encore plus élevé si le club résident venait à disparaitre.    

L’un des éléments ayant également favorisé le choix du PPP porte sur la promesse pour la collectivité de récupérer un équipement en très bon état grâce à la mise en place d’un contrat d’exploitation pendant la durée du contrat de partenariat. Cependant, au regard des dérives financières évoquées précédemment, les collectivités se doivent d’être irréprochables dans le suivi de ces contrats et s’assurer que la maintenance du stade leur permettra de minimiser les investissements à réaliser lorsqu’elles en récupéreront la gestion. À travers les études réalisées notamment sur des équipements en délégation de service public, tbmaestro s’engage déjà à évaluer objectivement le niveau de dégradation des bâtiments et à projeter l’évolution de la vétusté afin de fournir aux collectivités ou aux exploitants les clés pour faciliter leurs échanges sur la base d’éléments objectifs. 


Mots clefs : PPP, collectivités territoriales, vision prospective, enceintes sportives, stades, DSP

Date de l’article : 08/12/2021

Rédacteurs : Jean-Baptiste FOURNIER, Camille ZYLBERYNG

Sources 

Partenariat public-privé (PPP) : définition, traduction – 17/02/2020 : https://www.journaldunet.fr/business/dictionnaire-economique-et-financier/1199333-partenariat-public-prive-ppp-definition-traduction/

LesEchos : le stade du Mans illustre les risques du financement en PPP – 14/02/2013 : https://www.lesechos.fr/2013/02/le-stade-du-mans-illustre-les-risques-du-financement-en-ppp-317397

Le point : le stade du Mans illustre les risques du financement en PPP – 03/06/2013 : https://www.lepoint.fr/sport/football-les-ppp-sur-la-sellette-apres-la-faillite-du-mans-03-06-2013-1675715_26.php

La gazette des communes : « Les stades de foot construits en PPP sont déficitaires » – 01/09/2021 : https://www.lagazettedescommunes.com/760537/les-stades-de-foot-construits-en-ppp-sont-deficitaires/

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