Transports : passer de la vulnérabilité à la résilience

22 Sep, 2026

Les infrastructures de transport ont toujours été exposées aux aléas climatiques. Ce qui change aujourd’hui, c’est la nature, l’intensité et la fréquence des événements auxquels elles doivent faire face. Fortes chaleurs, sécheresses, incendies, inondations, submersions ou mouvements de terrain sont autant de phénomènes susceptibles d’affecter les infrastructures, les équipements et, plus largement, la continuité des services de transport.

Une étude publiée en mai 2026 par L’Institut Paris Region, en partenariat avec Transilien SNCF Voyageurs, la Mass Transit Academy, la DRIEAT, la CCI Paris Île-de-France et Sustainable Mobilities, met ainsi en évidence la sensibilité des différents modes de transport aux conditions météorologiques et les conséquences de ces phénomènes pour les usagers et les entreprises. Le rapport publié par le CEREMA en 2025 sur la vulnérabilité des réseaux de transport face au changement climatique complète ce constat en identifiant les principaux aléas susceptibles d’affecter les infrastructures et les réseaux de transport.

De la protection des infrastructures à la résilience des services

Face à ces évolutions, un changement de paradigme s’opère progressivement dans la manière d’appréhender les infrastructures et leur gestion. Pendant longtemps, la réponse aux risques a principalement consisté à chercher à empêcher l’événement d’atteindre l’infrastructure : construire un ouvrage de protection contre une inondation, renforcer un équipement ou dimensionner une infrastructure pour résister à un niveau de crue ou de température donnée. Cette approche reste évidemment nécessaire. Mais peut-elle suffire face à un climat dont les évolutions rendent les événements plus difficiles à prévoir, et dont les conséquences peuvent dépasser les hypothèses initiales de conception ? La logique de résilience conduit à poser une question différente :

Que se passe-t-il si l’événement survient malgré tout ? Et comment continuer à assurer le service ?

Prenons l’exemple d’un aéroport exposé au risque d’inondation. Une approche traditionnelle peut conduire à chercher à protéger les infrastructures contre une crue de référence, notamment au moyen d’ouvrages de protection. Une approche résiliente conduit à compléter cette réflexion : que se passe-t-il si l’eau atteint malgré tout certaines installations ? Quels équipements doivent impérativement rester opérationnels ? Comment maintenir l’activité, même en mode dégradé ? Quelles procédures permettent de rétablir rapidement le fonctionnement ? Le sujet n’est alors plus uniquement de protéger l’actif, mais de préserver la fonction qu’il permet d’assurer.

Cette distinction est fondamentale pour la gestion d’actifs. Elle conduit à ne plus considérer uniquement la résistance intrinsèque des infrastructures, mais également la capacité de l’organisation et du système dans son ensemble à absorber un événement, maintenir un niveau de service acceptable et retrouver rapidement un fonctionnement nominal.

Adapter, c’est d’abord connaître

Cette évolution se retrouve dans le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), et notamment dans sa mesure 30 consacrée à la résilience des transports et des mobilités. Celle-ci prévoit notamment l’élaboration de plans d’adaptation par les opérateurs et gestionnaires d’infrastructures, l’adaptation des transports dans les territoires, la prise en compte des fortes chaleurs dans les transports collectifs et l’évolution des référentiels techniques. Le cadre national est donc posé. Reste désormais à transformer ces orientations en trajectoires d’adaptation concrètes pour les organisations. Et cette transformation commence par une question fondamentale : que cherche-t-on réellement à préserver ?

La première étape consiste à connaître ses actifs : leur localisation, leur état, leur fonction, leur criticité et surtout la contribution qu’ils apportent aux missions et à la performance de l’organisation. Tous les actifs ne jouent pas le même rôle et leur défaillance n’a pas les mêmes conséquences sur le service.

Il faut ensuite comprendre leurs vulnérabilités. À quels aléas sont-ils exposés ? Avec quelles conséquences ? Quels sont les équipements indispensables au maintien du service ? Quels effets en cascade peuvent apparaître entre infrastructures, systèmes techniques, exploitation et partenaires ?

Enfin, il faut identifier les réponses possibles. Renforcer ou renouveler un équipement, adapter les gammes de maintenance, faire évoluer les procédures d’exploitation ou d’urgence, modifier l’organisation ou prévoir des solutions de substitution : les leviers sont multiples.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de rendre chaque actif invulnérable. Il est de déterminer le niveau de résilience nécessaire pour maintenir la fonction attendue, puis de mobiliser les moyens adaptés pour l’atteindre.

Prioriser plutôt que tout protéger

Cette approche fait également évoluer les arbitrages auxquels sont confrontés les gestionnaires d’infrastructures. Il ne sera pas possible de protéger tous les actifs contre tous les aléas, ni nécessairement pertinent de le faire. L’enjeu est de déterminer où agir, quand agir et jusqu’à quel niveau. Cela suppose de croiser l’exposition aux aléas, la vulnérabilité des actifs, leur criticité pour les missions de l’organisation, les conséquences d’une défaillance, les solutions disponibles, leur coût et leur horizon de mise en œuvre.

La gestion d’actifs fournit précisément un cadre permettant de réaliser ces arbitrages. Elle permet de relier la connaissance technique des infrastructures aux enjeux de performance, de service, de risque et de décision. Le changement climatique vient ainsi faire évoluer la manière de penser le cycle de vie des actifs. Les choix d’investissement, de maintenance, de renouvellement ou d’exploitation doivent désormais intégrer non seulement les conditions climatiques futures, mais également la capacité du système à continuer de fonctionner lorsque ces conditions dépassent les hypothèses initiales.

Construire la résilience d’un système

La résilience ne repose toutefois jamais sur les seules caractéristiques physiques d’une infrastructure. Elle dépend également des organisations, des procédures, des compétences, des ressources disponibles et des interactions avec les autres acteurs du territoire. Une infrastructure parfaitement adaptée peut rester vulnérable si les réseaux d’énergie, les accès, les équipements connexes ou les organisations nécessaires à son exploitation ne le sont pas. Construire un plan d’adaptation au changement climatique est donc un projet nécessairement transverse. Il mobilise des compétences techniques, climatiques, patrimoniales, financières et organisationnelles, mais nécessite également de faire dialoguer gestionnaires d’infrastructures, opérateurs, autorités organisatrices, collectivités et autres parties prenantes.

L’enjeu est finalement de passer d’une logique de protection des actifs à une logique de préservation de la fonction et de continuité du service. Face à des événements dont la fréquence, l’intensité et parfois même la combinaison sont difficiles à anticiper, la question n’est plus seulement : « Comment empêcher cet événement d’affecter mon infrastructure ? ». Elle devient : « Comment faire en sorte que mon organisation continue à remplir sa mission lorsque l’événement se produit ? »

C’est dans cette évolution que la gestion d’actifs prend toute sa place. En intégrant les enjeux climatiques dans la connaissance des actifs, l’analyse des risques, la définition des niveaux de service et la priorisation des décisions, elle permet de construire des organisations capables non seulement de mieux protéger leur patrimoine, mais surtout de préserver durablement la valeur et les services qu’il permet de délivrer. C’est dans cette perspective que tbmaestro accompagne les acteurs du secteur des transports dans leurs démarches d’adaptation, en mobilisant les principes de la gestion d’actifs pour faire de la résilience un véritable levier de performance et de continuité des services.


Mots-clés : Changement climatique, Adaptation, Résilience, Gestion d’actifs, Infrastructures de transport, Mobilités, Vulnérabilité, Performance

Date de l’article : 22.09.2026

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