De maintenance réactive à prédictive, comment les aéroports s’inspirent-ils de l’aviation pour leurs actifs ?
1 Sep, 2026
L’aviation est depuis plusieurs décennies la référence en maintenance tant par son efficacité et le niveau de sécurité assuré. Ici, pas de place pour le doute ou l’approximation, tout est millimétré et encadré par des mesures draconiennes dictées par l’EASA (Agence européenne de la sécurité aérienne). En face, les aéroports, structures accueillant ces mêmes avions ne sont pas les mieux outillés en matière de maintenance en comparaison avec leurs collègues avionneurs. Leurs compétences avancées en matière d’infrastructure pourraient être valorisées davantage en se détachant d’une logique descendante pour estimer les budgets, en se focalisant sur les actifs.
Néanmoins, ces actifs partagent les mêmes contraintes opérationnelles, haut niveau de criticité, coût élevé d’immobilisation, vieillissement des actifs et pressions réglementaires croissantes. Cet article soulève une question : que gagneraient les aéroports à s’inspirer de ce que l’aviation a mis 60 ans à perfectionner ?
Ce que l’aviation a perfectionné
Dès les années 60, la FAA (Federal Aviation Administration) et les compagnies aériennes font un constat. Réviser les avions après un nombre d’heures défini de vol n’augmente pas le niveau de sécurité et ne diminue pas le risque de panne. Des industriels du secteur créent la RCM (Reliability Centered Maintenance), afin d’analyser les modes de défaillances des systèmes et établir des plans de maintenance qui limiteraient les imprévus. Ils se basent sur trois piliers : la sécurité, les opérations et les budgets.
Pour la première fois, on prend en compte la criticité réelle. C’est un changement culturel majeur, on glisse d’une réflexion calendaire à une analyse des risques.
Désormais chaque composant est suivi de son installation jusqu’à sa dépose. Ajouté à cela, la conservation de l’ensemble des données relatives durant tous types d’entretiens, qu’ils soient courts ou bien des mises à pied de plusieurs semaines.
Sur ces bases, la maintenance prédictive est devenue la solution révolutionnaire. Cela consiste à traiter une panne qui n’est pas encore arrivée. Grâce à l’acquisition de nombreux capteurs, environ 24 000 dédiés sur un Airbus A380 et 250 000 pour un A350, il est possible à chaque vol de collecter de nombreuses données sur l’ensemble des systèmes d’un avion. Ces données sont analysées en direct par des algorithmes et permettent de déceler quelconque faille. En 2017 cela a permis le remplacement de 12 pièces critiques sur des A380, toutes confirmées comme défectueuses après analyse. Cette approche pourrait faire gagner environ 25% coûts de maintenance et augmenter de 20% le temps d’utilisation des aéronefs.
Les aéroports : des actifs complexes, une maturité encore insuffisante
Un aéroport ne fonctionne pas comme un bâtiment ordinaire. C’est un ensemble d’actifs présentant de multiples enjeux, un fonctionnement en continu. Chaque élément, piste, taxiway, aérogare défaillant déclenche en cascade des dysfonctionnements opérationnels. Il faut donc établir un suivi rigoureux et systémique des actifs, répartis sur de vastes périmètres et gérer un stock conséquent de pièces afin d’assurer une maintenance efficace et un niveau de service optimal.
Sur ce point les aéroports et les avions sont similaires, ce n’est pas la maintenance qui coûte, ce sont les pertes associées aux temps d’inactivité et de perte de service.
Mêmes contraintes, même cadre : l’ISO 55000. Cette norme offre une vision généralisée du cycle de vie de l’actif, qu’il soit un avion ou l’aéroport entier. Ils présentent communément la volonté de maximiser leur valeur. Des stratégies de maintenances prédictives et préventives semblent donc être adaptées pour assurer la fiabilité et limiter les temps d’arrêt.
La transposition : ce que les aéroports peuvent concrètement adopter
Bien qu’aujourd’hui les aéroports se munissent de logiciels de maintenance type ERP ou GMAO, il semblerait pertinent de lier davantage les données récoltées et une stratégie globale de l’aéroport.
Pour concentrer les efforts et les investissements au bon endroit, il est nécessaire de cartographier les actifs selon leur criticité. Une passerelle d’embarquement ou un local technique ne présentent pas les mêmes risques. On peut ainsi adapter la stratégie autour de ces indicateurs.
L’implantation de capteurs sur les actifs critiques est un autre levier. Combiné avec L’IoT (Internet des Objets) inclus dans toutes les étapes, de l’acquisition des données jusqu’au traitement de celles-ci, la vision sur l’état réel des actifs est grandement éclaircie. Cela est possible uniquement après une prise d’information manuelle et périodique sur les actifs, effort nécessaire à l’apprentissage d’un modèle de prédiction. En détectant des baisses de régime ou des anomalies, cet outil permet une maintenance prédictive, l’état des actifs est connu en temps réel. On intervient au moment opportun, on n’agit plus en réaction ou en prévention, seulement en cas de besoin. L’installation des capteurs doit cependant résulter d’une étude rationnelle. On fait le choix des actifs en suivant la hiérarchisation des criticités. La présence ou non d’un capteur apportera directement des indices sur l’importance de l’actif.
L’aviation a mis 60 ans à passer l’une maintenance réactive à prédictive, mais le monde aéroportuaire n’a pas autant de temps face à la pression du trafic, à la vétusté des infrastructures et aux multiples normes.
La bonne nouvelle : tout existe. Les normes, les méthodes, les innovations technologiques. Il ne reste plus qu’à changer de paradigme culturel. Il faut voir la gestion d’actifs comme une fonction de création de valeur.
C’est ici que tbmaestro intervient, avec une approche centrée sur le risque et un suivi permanent des données qui permettent une vision long terme sur la gestion de ses actifs et leur efficacité. Son expérience et son expertise dans le domaine aéroportuaire en font un partenaire important dans l’accompagnement à transformer la culture aéroportuaire avec une entrée vertueuse en gestion des actifs.
Mots-clés : actifs physiques, maintenance prédictive, aéroports, aviation, ISO 55000
Dans les rapports d’analystes financiers, les publications de l’OCDE ou les référentiels de gestion d’actifs, le terme asset-intensive organizations revient régulièrement. Mais que recouvre-t-il exactement et pourquoi un directeur technique devrait-il s’y intéresser ?
Invisibles mais omniprésents, les réseaux enterrés jouent un rôle clé dans le fonctionnement des bâtiments et des territoires. Pourtant, ils restent souvent négligés dans les Schémas Directeurs Immobiliers.