Le PNACC : faire face aux risques climatiques sur les actifs
Comprendre ce qu’est le PNACC et comment il s’inscrit dans la gestion d’actifs permet d’intégrer les enjeux climatiques au cœur de la stratégie.
Un enjeu encore émergent dans la gestion patrimoniale
Face aux défis climatiques, environnementaux et sociaux, la gestion d’actifs physiques évolue progressivement vers des approches plus globales et transversales. Longtemps centrée sur la performance technique, financière et fonctionnelle, elle intègre désormais des dimensions environnementales élargies.
Si l’énergie et le carbone sont aujourd’hui largement pris en compte, la biodiversité demeure encore un enjeu peu structuré dans les démarches de gestion d’actifs.
Pourtant, bâtiments, infrastructures et réseaux interagissent en permanence avec les milieux naturels dans lesquels ils s’inscrivent. Leur implantation, leur exploitation et leur transformation peuvent contribuer à la dégradation des écosystèmes… ou, au contraire, participer à leur préservation.
Dans un contexte d’érosion rapide de la biodiversité et d’artificialisation des sols, la gestion d’actifs ne peut plus se limiter à une lecture strictement technico-financière.
La biodiversité ne se limite pas à des espaces naturels remarquables ou protégés. Elle structure l’ensemble des territoires, y compris les espaces urbanisés. Elle repose sur un équilibre entre habitats, espèces et processus écologiques, qui s’expriment à différentes échelles.
Un concept central permet de comprendre ces dynamiques : la connectivité écologique.
Elle désigne la capacité des espèces à se déplacer entre les habitats nécessaires à leur cycle de vie (alimentation, reproduction, repos). Sans ces continuités, les populations s’isolent, perdent en diversité génétique et deviennent plus vulnérables aux perturbations climatiques et anthropiques.
Dans les territoires urbanisés, cette connectivité s’appuie notamment sur les corridors écologiques, par exemples les trames verte et bleue :
Ces corridors écologiques sont aujourd’hui reconnus dans les documents de planification territoriale (PLU), mais restent encore peu traduits dans les outils de pilotage patrimonial.
Les actifs physiques jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement écologique des territoires. Routes, voiries, voies ferrées, quartiers de gare, bâtiments ou réseaux constituent autant d’éléments structurants du paysage.
Selon leur conception et leur gestion, ces actifs peuvent :
Certains actifs présentent ainsi des enjeux particuliers pour la biodiversité :
Ces actifs, bien que très différents par leur fonction, partagent un point commun : ils structurent durablement le territoire. Souvent gérés de manière sectorielle, ils gagneraient à être appréhendés comme les composantes d’un système territorial interconnecté, où chaque actif peut contribuer au maintien des continuités écologiques.
Intégrer la biodiversité dans la gestion patrimoniale est avant tout une démarche favorisant le maintien des écosystèmes naturels, mais ne relève pas uniquement d’une démarche environnementale : c’est un enjeu stratégique pour la performance globale des actifs. La préservation des continuités écologiques et de la biodiversité assure le maintien des services écosystémiques essentiels, tels que la purification de l’eau, la fertilité des sols, la pollinisation, la régulation des crues et la prévention des inondations. Elle enrichit également la qualité et la diversité des paysages, tout en stimulant l’innovation et la dynamique économique locale. L’ensemble de ces bénéfices contribue directement à améliorer la qualité de vie et à renforcer l’attractivité des territoires.
Plusieurs dimensions sont directement concernées :
La biodiversité devient ainsi un nouveau prisme de lecture de la performance patrimoniale, complémentaire des indicateurs techniques et financiers.
Pour intégrer les impacts de la gestion d’actifs sur la biodiversité, il est essentiel de déterminer des outils et indicateurs d’aide à la décision, à la fois à l’échelle globale du parc et à celle de chaque actif. Ces indicateurs permettent de comprendre comment les infrastructures interagissent avec les écosystèmes et d’orienter les choix patrimoniaux de manière stratégique.
À l’échelle du parc, la démarche commence par la cartographie de la connectivité écologique. Elle consiste à identifier les réservoirs de biodiversité (zones riches en habitats naturels), les corridors écologiques existants ou potentiels, ainsi que les actifs qui fragmentent ou structurent ces continuités. Ces informations permettent d’élaborer un schéma local de trame verte et bleue (TVB), outil stratégique pour prioriser les actions de restauration, de renaturation ou d’aménagement patrimonial.
La définition et la mise en œuvre de la TVB relèvent principalement des collectivités territoriales, qui s’appuient sur les Plans locaux d’urbanisme et les schémas régionaux de cohérence écologique pour protéger les espaces sensibles et intégrer les continuités écologiques dans les projets. La TVB peut être enrichie d’une dimension nocturne pour favoriser la faune nocturne (trame verte, bleue et noire, TVBN).
En pratique, cette cartographie permet de conserver certains corridors écologiques, mais également de guider des aménagements concrets favorisant la continuité écologique : toitures et façades végétalisées, désimperméabilisation des sols, dispositifs de franchissement pour la faune le long des infrastructures linéaires, adaptation de l’éclairage extérieur et création d’habitats pour la biodiversité. Ces actions, lorsqu’elles sont pensées de manière cohérente à l’échelle du parc, participent à une meilleure intégration des actifs dans leur environnement.
Des outils comme les Atlas de la biodiversité communale (ABC) et des logiciels de modélisation du réseau écologique (ex. Graphab) fournissent un soutien méthodologique précieux pour identifier les zones prioritaires et suivre l’efficacité des actions sur le long terme.
À l’échelle des actifs, il est possible de suivre des indicateurs concrets pour évaluer leur contribution à la biodiversité : surface végétalisée par actif, niveau de perméabilisation des sols, rôle de l’actif dans la connectivité écologique (fragmentation ou renforcement des corridors) …
Enfin, la séquence Éviter – Réduire – Compenser (ERC) constitue un cadre structurant pour intégrer la biodiversité dans les décisions patrimoniales. Elle invite à :
Ainsi, cartographier et piloter la connectivité écologique transforme la gestion d’actifs d’une approche technique et isolée vers une vision systémique, où chaque infrastructure contribue à la préservation des écosystèmes et à la résilience globale du territoire.
Si la biodiversité est de mieux en mieux identifiée comme un enjeu majeur, sa prise en compte opérationnelle dans la gestion d’actifs reste encore limitée.
Le sujet demeure complexe, transversal et parfois difficile à traduire dans des outils d’aide à la décision, historiquement conçus pour des logiques technico-financières.
L’enjeu est donc aussi humain et organisationnel :
Intégrer la biodiversité dans la gestion d’actifs n’est pas une transformation immédiate. C’est une démarche progressive, exigeante, mais essentielle pour inscrire les patrimoines physiques dans une trajectoire durable, en cohérence avec les dynamiques territoriales.
À mesure que les enjeux environnementaux se complexifient, la gestion d’actifs est appelée à évoluer vers des approches toujours plus transversales. Demain, la performance d’un actif ne se mesurera plus uniquement à sa valeur comptable ou à son état technique, mais aussi à sa capacité à s’insérer durablement dans un écosystème vivant.
En permettant de dépasser une lecture fragmentée du patrimoine et de structurer des trajectoires cohérentes à l’échelle du parc, tbmaestro offre un cadre propice à l’intégration progressive de nouvelles dimensions de performance, dont la biodiversité. Cette évolution marque une nouvelle étape dans la maturité des démarches d’asset management, déjà engagées sur les sujets énergie et carbone.
Définitions :
Connectivité écologique : mouvement sans entrave des espèces et le flux des processus naturels qui soutiennent la vie sur Terre (CMS, 2020).
Corridor écologique : Un espace géographique clairement défini qui est régi et géré à long terme dans le but de maintenir ou de restaurer une connectivité écologique efficace. Les termes suivants sont souvent utilisés dans ce sens : « liens », « passages sûrs », « aires de connectivité écologique », « zones de connectivité écologique » et « zones de perméabilité ».
Réseau écologique (de conservation) : Un ensemble d’habitats essentiels (aires protégées, AMCEZ et autres zones naturelles intactes) reliés par des corridors écologiques qui est établi, restauré au besoin et maintenu pour conserver la diversité biologique dans des milieux. (Voir chapitre 3, tableau 2, pour les termes connexes).
Mots clés : gestion d’actifs, biodiversité
Date de l’article : 17/02/2026
Rédactrice :

Sources :
https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/PAG-030-Fr.pdf
https://ofb.gouv.fr/la-trame-verte-et-bleue
http://journals.openedition.org/developpementdurable/11495
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/trame-verte-bleue
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