Intégrer la biodiversité dans la gestion d’actifs

17 Fév, 2026

Un enjeu encore émergent dans la gestion patrimoniale

Face aux défis climatiques, environnementaux et sociaux, la gestion d’actifs physiques évolue progressivement vers des approches plus globales et transversales. Longtemps centrée sur la performance technique, financière et fonctionnelle, elle intègre désormais des dimensions environnementales élargies.
Si l’énergie et le carbone sont aujourd’hui largement pris en compte, la biodiversité demeure encore un enjeu peu structuré dans les démarches de gestion d’actifs.

Pourtant, bâtiments, infrastructures et réseaux interagissent en permanence avec les milieux naturels dans lesquels ils s’inscrivent. Leur implantation, leur exploitation et leur transformation peuvent contribuer à la dégradation des écosystèmes… ou, au contraire, participer à leur préservation.
Dans un contexte d’érosion rapide de la biodiversité et d’artificialisation des sols, la gestion d’actifs ne peut plus se limiter à une lecture strictement technico-financière.

La biodiversité : une dimension territoriale

La biodiversité ne se limite pas à des espaces naturels remarquables ou protégés. Elle structure l’ensemble des territoires, y compris les espaces urbanisés. Elle repose sur un équilibre entre habitats, espèces et processus écologiques, qui s’expriment à différentes échelles.

Un concept central permet de comprendre ces dynamiques : la connectivité écologique.
Elle désigne la capacité des espèces à se déplacer entre les habitats nécessaires à leur cycle de vie (alimentation, reproduction, repos). Sans ces continuités, les populations s’isolent, perdent en diversité génétique et deviennent plus vulnérables aux perturbations climatiques et anthropiques.

Dans les territoires urbanisés, cette connectivité s’appuie notamment sur les corridors écologiques, par exemples les trames verte et bleue :

  • la trame verte concerne les milieux terrestres et végétalisés,
  • la trame bleue regroupe les milieux aquatiques et humides (cours d’eau, zones humides, fossés, noues).

Ces corridors écologiques sont aujourd’hui reconnus dans les documents de planification territoriale (PLU), mais restent encore peu traduits dans les outils de pilotage patrimonial.

Quand les actifs structurent, ou fragmentent la connectivité écologique

Les actifs physiques jouent un rôle déterminant dans le fonctionnement écologique des territoires. Routes, voiries, voies ferrées, quartiers de gare, bâtiments ou réseaux constituent autant d’éléments structurants du paysage.

Selon leur conception et leur gestion, ces actifs peuvent :

  • Fragmenter les habitats, en créant des barrières aux déplacements des espèces,
  • Ou au contraire servir de supports de continuités écologiques, en intégrant des espaces végétalisés, des zones perméables ou des dispositifs de franchissement.

Certains actifs présentent ainsi des enjeux particuliers pour la biodiversité :

  • Les infrastructures linéaires (voiries, voies ferrées, réseaux) qui traversent les territoires et conditionnent la continuité des corridors écologiques ;
  • Les zones d’interface et de forte intensité d’usages (quartiers de gare, pôles multimodaux, zones d’activités), souvent minéralisées mais porteuses d’un fort potentiel de renaturation ;
  • Les actifs disposant d’emprises foncières ou d’espaces associés (talus, accotements, espaces verts techniques), qui peuvent devenir des maillons clés des corridors écologiques.
  • Les sites techniques et équipements industriels (station d’épuration, installation de gestion des déchets, centrales nucléaires…), souvent perçus comme de simples infrastructures fonctionnelles, mais qui disposent de surfaces foncières importantes pouvant jouer un rôle structurant pour la biodiversité locale

Ces actifs, bien que très différents par leur fonction, partagent un point commun : ils structurent durablement le territoire. Souvent gérés de manière sectorielle, ils gagneraient à être appréhendés comme les composantes d’un système territorial interconnecté, où chaque actif peut contribuer au maintien des continuités écologiques.

Pourquoi intégrer la biodiversité dans la gestion d’actifs ?

Intégrer la biodiversité dans la gestion patrimoniale est avant tout une démarche favorisant le maintien des écosystèmes naturels, mais ne relève pas uniquement d’une démarche environnementale : c’est un enjeu stratégique pour la performance globale des actifs. La préservation des continuités écologiques et de la biodiversité assure le maintien des services écosystémiques essentiels, tels que la purification de l’eau, la fertilité des sols, la pollinisation, la régulation des crues et la prévention des inondations. Elle enrichit également la qualité et la diversité des paysages, tout en stimulant l’innovation et la dynamique économique locale. L’ensemble de ces bénéfices contribue directement à améliorer la qualité de vie et à renforcer l’attractivité des territoires.

Plusieurs dimensions sont directement concernées :

  • Résilience des actifs
    Des actifs mieux intégrés écologiquement sont moins vulnérables aux aléas climatiques (îlots de chaleur, ruissellement, inondations).
  • Valeur d’usage et attractivité
    La présence de nature améliore le confort, la qualité d’usage et l’acceptabilité des actifs par leurs usagers.
  • Conformité réglementaire et attentes sociétales
    Les cadres nationaux et européens renforcent progressivement la prise en compte de la biodiversité dans les projets et la planification.
  • Performance durable
    Les services écosystémiques (régulation thermique, gestion de l’eau, qualité de l’air) participent directement à la performance environnementale et sociale des patrimoines.

La biodiversité devient ainsi un nouveau prisme de lecture de la performance patrimoniale, complémentaire des indicateurs techniques et financiers.

Et plus concrètement…

Pour intégrer les impacts de la gestion d’actifs sur la biodiversité, il est essentiel de déterminer des outils et indicateurs d’aide à la décision, à la fois à l’échelle globale du parc et à celle de chaque actif. Ces indicateurs permettent de comprendre comment les infrastructures interagissent avec les écosystèmes et d’orienter les choix patrimoniaux de manière stratégique.

À l’échelle du parc, la démarche commence par la cartographie de la connectivité écologique. Elle consiste à identifier les réservoirs de biodiversité (zones riches en habitats naturels), les corridors écologiques existants ou potentiels, ainsi que les actifs qui fragmentent ou structurent ces continuités. Ces informations permettent d’élaborer un schéma local de trame verte et bleue (TVB), outil stratégique pour prioriser les actions de restauration, de renaturation ou d’aménagement patrimonial.

La définition et la mise en œuvre de la TVB relèvent principalement des collectivités territoriales, qui s’appuient sur les Plans locaux d’urbanisme et les schémas régionaux de cohérence écologique pour protéger les espaces sensibles et intégrer les continuités écologiques dans les projets. La TVB peut être enrichie d’une dimension nocturne pour favoriser la faune nocturne (trame verte, bleue et noire, TVBN).

En pratique, cette cartographie permet de conserver certains corridors écologiques, mais également de guider des aménagements concrets favorisant la continuité écologique : toitures et façades végétalisées, désimperméabilisation des sols, dispositifs de franchissement pour la faune le long des infrastructures linéaires, adaptation de l’éclairage extérieur et création d’habitats pour la biodiversité. Ces actions, lorsqu’elles sont pensées de manière cohérente à l’échelle du parc, participent à une meilleure intégration des actifs dans leur environnement.

Des outils comme les Atlas de la biodiversité communale (ABC) et des logiciels de modélisation du réseau écologique (ex. Graphab) fournissent un soutien méthodologique précieux pour identifier les zones prioritaires et suivre l’efficacité des actions sur le long terme.

À l’échelle des actifs, il est possible de suivre des indicateurs concrets pour évaluer leur contribution à la biodiversité : surface végétalisée par actif, niveau de perméabilisation des sols, rôle de l’actif dans la connectivité écologique (fragmentation ou renforcement des corridors) …

Enfin, la séquence Éviter – Réduire – Compenser (ERC) constitue un cadre structurant pour intégrer la biodiversité dans les décisions patrimoniales. Elle invite à :

  1. Éviter les impacts dès la conception ou la programmation ;
  2. Réduire les impacts résiduels lors de la mise en œuvre ;
  3. Compenser les atteintes qui ne peuvent être éliminées, par des actions favorables à l’environnement et adaptées aux composantes affectées (espèces, habitats, fonctions écologiques).

Ainsi, cartographier et piloter la connectivité écologique transforme la gestion d’actifs d’une approche technique et isolée vers une vision systémique, où chaque infrastructure contribue à la préservation des écosystèmes et à la résilience globale du territoire.

Accompagner la transformation des pratiques

Si la biodiversité est de mieux en mieux identifiée comme un enjeu majeur, sa prise en compte opérationnelle dans la gestion d’actifs reste encore limitée.
Le sujet demeure complexe, transversal et parfois difficile à traduire dans des outils d’aide à la décision, historiquement conçus pour des logiques technico-financières.

L’enjeu est donc aussi humain et organisationnel :

  • Sensibiliser les acteurs de la gestion d’actifs,
  • Faire évoluer les compétences,
  • Favoriser une lecture systémique des patrimoines.

Intégrer la biodiversité dans la gestion d’actifs n’est pas une transformation immédiate. C’est une démarche progressive, exigeante, mais essentielle pour inscrire les patrimoines physiques dans une trajectoire durable, en cohérence avec les dynamiques territoriales.

À mesure que les enjeux environnementaux se complexifient, la gestion d’actifs est appelée à évoluer vers des approches toujours plus transversales. Demain, la performance d’un actif ne se mesurera plus uniquement à sa valeur comptable ou à son état technique, mais aussi à sa capacité à s’insérer durablement dans un écosystème vivant.


En permettant de dépasser une lecture fragmentée du patrimoine et de structurer des trajectoires cohérentes à l’échelle du parc, tbmaestro offre un cadre propice à l’intégration progressive de nouvelles dimensions de performance, dont la biodiversité. Cette évolution marque une nouvelle étape dans la maturité des démarches d’asset management, déjà engagées sur les sujets énergie et carbone.

Définitions :

Connectivité écologique : mouvement sans entrave des espèces et le flux des processus naturels qui soutiennent la vie sur Terre (CMS, 2020).

Corridor écologique : Un espace géographique clairement défini qui est régi et géré à long terme dans le but de maintenir ou de restaurer une connectivité écologique efficace. Les termes suivants sont souvent utilisés dans ce sens : « liens », « passages sûrs », « aires de connectivité écologique », « zones de connectivité écologique » et « zones de perméabilité ».

Réseau écologique (de conservation) : Un ensemble d’habitats essentiels (aires protégées, AMCEZ et autres zones naturelles intactes) reliés par des corridors écologiques qui est établi, restauré au besoin et maintenu pour conserver la diversité biologique dans des milieux. (Voir chapitre 3, tableau 2, pour les termes connexes).


Mots clés : gestion d’actifs, biodiversité

Date de l’article : 17/02/2026

Rédactrice :

Sources :

https://connectiviteecologique.com/sites/default/files/2022-03/FicheConnectivite_RESEAUX-ECO-MONTEREGIE-v06.pdf

https://portals.iucn.org/library/sites/library/files/documents/PAG-030-Fr.pdf

https://ofb.gouv.fr/la-trame-verte-et-bleue

http://journals.openedition.org/developpementdurable/11495

https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/trame-verte-bleue

https://ofb.gouv.fr/les-atlas-de-la-biodiversite-communale

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